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(Mise en ligne le 17/10/2001)
Pascal Plée est 6e Dan de Karaté. Il est le fils aîné de Maître Henry Plée.
Il commença à pratiquer les Arts Martiaux à l'âge de 5 ans par le Judo
et le Karaté à l'âge de 8 ans. Passionné par les Arts Martiaux japonais
et chinois, il enseigne le Karaté, le Kung-Fu et le Taijiquan. Il
représente en France Maître Yang Jwing Ming, expert en Arts Martiaux
chinois et en Qigong.
Webmartial : Pouvez-vous vous présenter ?
Pascal Plée : Je suis le fils aîné d'Henry Plée. J'ai commencé à pratiquer les arts
martiaux par le Judo à l'âge de 5 ans. Mon père m'a ensuite dirigé vers
le Karaté (Shotokan) à l'âge de 8 ans. J'ai pratiqué également d'autres
styles et disciplines comme le Karaté Goju-ryu et le Kendo entre 13 et
17 ans. J'ai commencé les arts chinois à l'age de 30 ans avec le Tai-chi
Chuan (style Yang), le Kung-Fu (styles du Long Poing et de la Grue
Blanche) et le Qigong. J'enseigne depuis que j'ai 17 ans et j'ai
maintenant 43 ans.
Webmartial : Qu'elle est votre philosophie des arts martiaux ?
Pascal Plée : Aujourd'hui, le besoin d'utiliser les techniques martiales pour se
défendre dans la vie de tous les jours est pratiquement inexistant par
rapport aux temps anciens. S'entraîner uniquement dans un esprit
d'autodéfense ne me paraît pas justifié. Je considère la pratique des
arts martiaux comme un moyen de se sentir bien dans son corps et dans sa
tête, d'être en harmonie avec les règles de la nature, de progresser
spirituellement, de se maintenir en bonne santé et de se défendre si
besoin est.
Webmartial : Quels sont les artistes martiaux vous ayant le plus impressionné ?
Pascal Plée : Lorsque je regarde quelqu'un pratiquer, je m'intéresse à ce qui se
trouve au fond de son mouvement et non à l'apparence. Ce qui se dégage
d'un mouvement vient de l'intérieur. Je connais peu de gens
personnellement, mais j'ai apprécié les démonstrations de M. Christian
Tissier en Aikido, M. Kubota en Karaté, M. Jean Frenette en Karaté
artistique et en Karaté traditionnel, M. Obata en coupe de sabre japonais.
L'artiste qui m'impressionne pour son savoir est M. Yang Jwing Ming avec
qui je pratique les arts chinois régulièrement.
Webmartial : Votre pratique des arts chinois influence-t-elle votre karaté et en quelle manière ?
Pascal Plée : Il faut comprendre que je suis à la recherche du mouvement juste,
logique et applicable. Certains mouvements ou certaines façons de les
faire me semblent parfois illogiques dans la pratique du Karaté. Au
début de mes recherches, je ne comprenais pas pourquoi certains blocages
n'arrivaient pas à bloquer les attaques de mon partenaire alors que je
faisais le mouvement comme on me l'avait demandé. Je ne comprenais pas
également pourquoi personne n'utilisait les mouvements des kata dans les
combats libres ou les compétitions alors qu'on me disait que le kata est
un combat contre plusieurs adversaires. J'ai alors commencé à chercher
la raison de tel ou tel mouvement, à appliquer tel ou tel mouvement d'un
kata, on ne parlait pas de Bunkai à l'époque (application des mouvements
dans un kata). Certains exercices classiques n'étaient pas logiques pour
tel mouvement mais s'appliquaient bien à un autre. En rencontrant Maître
Yang Jwing Ming en 1987, j'ai entendu un dialogue similaire à celui de
mon père, une direction similaire à celle de mes recherches et des
réponses ou des confirmations à mes questions. Persuadé qu'il fallait
modifier ma pratique du Karaté, je continuais quand même à enseigner un
Karaté classique pour ne pas dérouter mes élèves et pour ne pas être
différent des autres, tandis que je pratiquais mes arts chinois (Kung-Fu
du long poing, Kung-Fu de la grue blanche, Taijiquan, Tuishou, Qin na et
Qigong). Plus j'avançais dans mes recherches et plus j'avais
l'impression de mentir à mes élèves de Karaté. Progressivement, j'ai
enseigné différemment au risque de les perdre.
Mon Karaté actuel n'est pas saccadé comme le Shotokan que je vois à
l'extérieur et j'utilise mon dos (colonne vertébrale, épaules) dans mes
mouvements. Mes mouvements sont rapides sans toutefois faire claquer mon
kimono. Mes mouvements sont naturels. Je n'ai pas le sentiment de
détériorer le Karaté pour en faire un à la sauce Pascal. J'ai plutôt le
sentiment de retrouver un Karaté ancien que nous avons perdu progressivement.
Webmartial : Avez-vous fait de la compétition étant plus jeune ? Si oui, quelles leçons en tirer ? Si non pour quelles raisons?
Pascal Plée : J'ai commencé le Karaté à l'âge de 8 ans dans des cours pour adultes. Il
n'y avait pas de cours adapté à mon âge et le mauvais contrôle de mes
partenaires plus âgés lors de combat me faisait préférer les kata.
D'autre part, je n'aime pas me mettre en avant et n'aime pas l'esprit de
compétition quel qu'il soit. J'aime progresser pour moi-même. Également,
les règles de compétitions ne favorisent pas la pratique en conservant
la richesse des techniques de l'art martial. Comprenez que les
techniques martiales ont été faites pour tuer. Je ne vois pas comment
les pratiquer en compétition. En ce qui concerne la compétition
technique, les règles correspondent à des critères esthétiques et les
mouvements me paraissent difficilement applicables en combat. Ces règles
ne favorisent pas la différence d'opinion. C'est un monde fermé.
Webmartial : Avez-vous déjà ressenti le besoin de vous forger une identité propre, vu la renommée de votre père ? Ou bien avez-vous tenté de suivre ses traces ?
Pascal Plée : Au début, je me faisais un devoir de suivre ses traces comme un fils
reprend le travail de son père. Je n'ai pas ressenti le besoin d'avoir
ma propre identité, mais j'ai la mienne et il m'a fallu la développer
pour ne pas être en conflit avec moi-même. C'est en continuant mon
évolution qu'une véritable vocation s'est déclarée. Je ne suis pas un
passionné au sens où on peut l'entendre, il m'arrive de parler et de
penser à d'autres choses que des arts martiaux. Mais je sais que
maintenant les arts martiaux font partie de ma vie et que l'enseignement
est ma vocation. Je remercie Henry Plée d'être son fils, cela m'a permis
de vivre dans le milieu des arts martiaux depuis mon enfance et je suis
heureux d'avoir repris son club.
Webmartial : L'actuel Doshu de l'aïkido dit que « son art » est avant tout un budo de communication ? Qu'en pensez-vous ?
Pascal Plée : Je pense que tous les arts martiaux sont un moyen de communication. Que
ce soit pendant la pratique avec ses partenaires, en enseignant ou lors
de stages internationaux, peu importe l'origine de la personne avec qui
l'on pratique, nous parlons le même langage. L'évolution de l'être
humain passe par la communication et je pense que l'art martial est un
moyen d'évoluer.
Webmartial : La pratique d'un art martial est souvent semée d'embûches (moins de 5% des élèves deviennent professeurs un jour), qu'elles seraient les recommandations
à faire aux pratiquants, débutants et avancés qui voudraient aller plus loin dans la pratique ?
Pascal Plée : Le fait que peu de pratiquants deviennent professeurs un jour n'est pas
dû aux embûches, tout le monde n'a pas l'envie de devenir professeur. Le
fait que peu de pratiquants continuent longtemps est compréhensible car
il faut faire des sacrifices pendant des années pour s'entraîner. Ce
n'est pas évident si l'on veut aussi une vie de famille, des enfants,
aller au cinéma et au restaurant.
Le conseil que je peux donner aux pratiquants et futurs pratiquants,
c'est de trouver une discipline qui leur donne du plaisir, c'est très
important. De trouver le club et le professeur qui correspondent à leurs
attentes, quitte à changer ensuite lorsque les attentes évoluent. De
réfléchir au temps qu'ils ont envie d'investir dans leur pratique en
prenant en compte leur situation. De pratiquer régulièrement comme si
cela fait partie des choses de la vie comme manger, dormir ou se laver
(la pratique de l'art martial permet de se laver de l'intérieur). Pour
les pratiquants avancés, ne jamais être satisfait et avoir toujours
envie d'apprendre.
Webmartial : Comment voyez-vous les principes Okuden révélés par votre père ? Sont-ils
compatibles avec votre propre pratique, les intégrez-vous dans votre enseignement ?
Pascal Plée : Les principes okuden de mon père permettent de guider le pratiquant dans
son évolution. Tout n'est pas à prendre à la lettre, c'est une question
de mesure. Je cherche à évoluer et à faire évoluer mes élèves, si un
principe okuden correspond à mes recherches, je l'incorpore dans mon
enseignement.
Webmartial : Comment avez-vous vécu votre année au japon auprès de maître Toguchi et comment avez-vous intégré des éléments du goju-ryu dans votre pratique du shotokan ?
Pascal Plée : Mon séjour au Japon, vivre dans le Dojo et avec la famille de Maître
Toguchi, comprendre la tradition et les manières des Japonais a été
essentiel pour me guider dans mes recherches sur le Karaté. La tradition
de chaque pays est ce qui fait la différence entre une discipline et une
autre. Ma pratique des arts martiaux chinois me permet d'enrichir mon
Karaté mais mon Karaté n'est pas chinois. Je dois cela à mon séjour au Japon.
Le Goju-Ryu a des principes opposés à ceux du Shotokan et le complète
par le combat à courte distance, les blocages et les contre-attaques
avec les mains ouvertes. Dans mon enseignement, j'incorpore des éléments
de ce style que j'enrichis par mes connaissances en Kung-Fu de la Grue
Blanche qui est à l'origine du Karaté d'Okinawa. Je suis partisan d'un
Karaté aux larges possibilités, riche de techniques et de sensations.
Webmartial : Est-il possible pour un débutant de pratiquer plusieurs arts martiaux de front ?
Pascal Plée : Pratiquer plusieurs disciplines ne pose aucun problème si l'on sépare
chaque discipline dans son apprentissage. Chaque discipline à une
sensation propre qui correspond à ses principes de base. Si l'on
comprend cela, on ne mélange pas. Il faut toutefois savoir qu'il faut un
minimum de deux cours par semaine pour progresser dans chaque discipline.
Webmartial : La technique pure a-t-elle toujours l'avantage face a la force physique pure ?
Pascal Plée : Dans un combat, le mental est ce qui est le plus important, la force
vient ensuite et la technique en dernier. Ce qui signifie que la force
ou la technique sans le mental ne sont pas bien utile. Un pratiquant
complet est celui qui développera ces trois paramètres dans sa pratique.
Penser que l'on pourra faire face à toutes les situations parcequ'on est
un bon technicien est un piège si le mental ne suit pas.
Webmartial : Avez-vous déjà eu peur pour votre vie ?
Pascal Plée : Oui, mais pas par rapport aux arts martiaux ou au combat. Il m'est
arrivé de me trouver dans une situation où face à la nature je me
sentais bien petit. C'est mon mental qui m'a permis de contrôler ma peur
et d'agir efficacement.
Webmartial : Comment définiriez-vous le respect ?
Pascal Plée : Le respect ne s'impose pas, c'est un sentiment qui naît en soi. On reste
à sa place en fonction de son statut et on a confiance dans la personne
que l'on respecte. Avoir un respect mutuel est l'idéal pour une bonne
communication entre un professeur et un élève.
Webmartial : Pensez-vous que les arts martiaux sont le meilleur outil d'enseignement du respect d'autrui ?
Pascal Plée : C'est un outil qui permet le respect d'autrui, il en existe d'autres.
J'expliquais précédemment que le respect est un sentiment qui est en
soi. C'est aussi un état d'esprit. Si le pratiquant ne respecte pas les
autres, ce n'est pas la pratique d'un art martial qui le fera devenir
respectueux.
Webmartial : Adaptez-vous les concepts orientaux présents dans les arts martiaux à la mentalité occidentale, ou les laissez-vous tels quels dans votre enseignement ?
Pascal Plée : Nous ne sommes pas des Japonais ou des Chinois. Je conserve les concepts
tout en adaptant ma pédagogie à la mentalité des Français et aux
contraintes de la vie parisienne. Je pense que le fait que je sois
français me permet d'être un meilleur pédagogue que si j'étais asiatique.
Webmartial : Le kung fu de la grue blanche a-t-il modifié votre karaté ou pratiquez vous un karaté à l'identique de ce que vous avez appris ?
Pascal Plée : Ce style met beaucoup l'accent sur le travail du dos, de la colonne
vertébrale et de la poitrine. J'ai mieux compris certaines techniques
contenues dans des katas en pratiquant ce style et j'incorpore ce
travail dans mon Karaté.
Webmartial : Dans le tai chi chuan, il y a un concept de sortie de force, le fa jin. Quel
est le principe et quels sont les exercices de base pour le développer ?
Pascal Plée : Le Fa-Jin est littéralement "l'expression de la puissance". Il existe
divers types de Fa-Jin long ou court. Pour l'exprimer en Tai-chi Chuan,
il faut d'abord comprendre le principe de frappe du Tai-chi Chuan.
Celui-ci correspond au mouvement d'un fouet, c'est-à-dire qu'il y a un
va-et-vient au moment de la frappe, la poussée provenant des jambes. Il
suffit de choisir quelques techniques du Grand Enchaînement et de les
pratiquer régulièrement avec intensité comme des applications de combat.
La pratique de Fa-Jin peut s'avérer dangereuse pour les ligaments si on
ne contrôle pas exactement le moment du retour. Par précaution, il vaut
mieux commencer par des mouvements courts et les allonger progressivement.
Webmartial : Ce principe est il présent dans le kung fu et dans le karaté ?
Pascal Plée : Le Fa-Jin est présent dans toutes les disciplines. Il se pratique
différemment en fonction du style. Le Kimé est un Fa-Jin.
Webmartial : Bien que l'approche des arts martiaux soit tout à fait différente, la
qualité des grands maîtres japonais est-elle comparable à celle des grands maîtres chinois (qu'ils soient du passé ou non) ?
Pascal Plée : Un grand maître est un grand maître, peu importe sa nationalité.
Webmartial : Que pensez-vous de l'évolution actuelle des arts martiaux, du combat libre, et de l'aspect "compétition" très privilégié dans les arts martiaux ?
Pascal Plée : En dehors du fait que l'évolution actuelle correspond à un certain type
d'individu, je pense que l'on s'éloigne de l'art martial. L'intérêt des
pratiquants d'arts martiaux pour le combat libre répond à des doutes.
Est-ce-que mon art est efficace ? La question à se poser est,
"est-ce-que je pratique efficacement mon art ?" Quant à la compétition,
c'est un moyen de combattre sans prendre de risque important. La
compétition permet également de vulgariser la discipline auprès du public.
Webmartial : Que pensez-vous de la médiatisation des arts martiaux dans le cinéma ou la pub, cette notoriété peut-être bénéfique ou mauvaise ?
Pascal Plée : C'est grâce à la médiatisation qu'un nombre grandissant d'individus
s'intéresse à nos disciplines. Les arts martiaux sont nombreux et
peuvent correspondre à des individus très différents. Je pense que
c'est une bonne chose.
Webmartial : A quand un stage ou un séminaire consacré aux points vitaux et aux techniques okuden comme le stage d'été de 2000 ?
Pascal Plée : L'enseignement des points vitaux fait partie de mon enseignement
habituel. Il est aussi important de savoir où frapper que comment
frapper. Je n'ai de projet de stage sur ce domaine ou sur les techniques
okuden, car je pense que ces informations doivent se donner avec
modération et qu'il vaut mieux savoir à qui on les donne.
Webmartial : Quels sont vos projets pour l'avenir ?
Pascal Plée : Me déplacer pour animer des stages en Province, écrire des articles dans
des revues spécialisées ou non, faire une vidéo sur le Tai-Chi, écrire
un livre sur le Karaté qui découle de mes recherches.
Contacter Pascal Plée :
Site internet : http://www.pascal-plee.com
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david - 03-12-2009 20:49:04  |
| Merci Maitre Plée,pour vos enseignements qui valent de l'or.Vos stage à Paris sont de très hautes qualités. |
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